04/10/2012

Le 30e marathon de Saverne décortiqué par le Girondin



Les préliminaires

Nous sommes le samedi 29 septembre, il est 7h30 et le réveil sonne. Nous n'avons même pas participé au tournoi du Canal la veille, c'est dire la motivation des troupes. Même pas une bière. Faut dire, on savait qu'on ne mourrait pas de soif vu notre destination. 8h25, on se rejoint gare de l'Est, direction Saverne et son marathon d'échecs !
Accueillis de manière (très, exceptionnellement, trop, indécemment) chaleureuse par les parents de Pilou Brocol, nous commençons par festoyer alsacien, avec force Picon et autres tourtes à la viande. Point de tarte flambée, il nous faut du lourd. On se régale, on fait le plein, on sait que les 24h à venir seront longues. Un double-espresso (et une tisane verveine menthe pour JB) et nous voilà partis vers la salle des fêtes de Saverne, moderne et lumineuse, tout ça s'annonce bien.
Au départ, nous sommes donc 5 compères du Canal à nous inscrire au tournoi :
- Le Redoutable, adoubé (ça ne s'invente pas) au rang de Connétable grâce à ses faits d'armes au dernier rapide du Canal, et capitaine de l'équipe de N2 du Canal
- JB, le créateur de la "martenette", prise nouvelle qui consiste à rebouger une pièce APRES avoir appuyé sur la pendule TOUT EN maintenant par la suite qu'il ne s'est rien produit d'irrégulier. Pour les novices, cette manip', qui nécessite une grande maitrise et un aplomb à tenir vent debout sur le port de Brest un soir de tempête, c'est un peu le "je pioche ET je joue" de Palmade dans le sketch du scrabble.
- Pilou, alias Brocol, l'homme qui blitzait et rapidait plus vite que son ombre, l'homme qui ne craint personne en ce bas monde malgré son répertoire en carton
- Clément, le nouveau venu au Canal, alsacien de coeur et d'accent, premier homme que je vois descendre plus de bière que le Redoutable, astro-physicien-quantique aussi bien que joueur de gambit de Budapest, ce qui lui vaut à la fois tout mon respect et toute ma circonspection
- Enfin, last but not least, votre dévoué, Girondin d'origine mais Canaliste de coeur, qui avait pour l'occasion laissé ses 435,7 ouvrages échiquéens au placard et se voyait déjà en haut de l'affiche (en 10 fois plus gros etc, etc...).

15h, les inscriptions sont closes, et nous seront donc 102 à nous battre. Une première phase de poules, une seconde au système suisse. Alors oui c'est compliqué, mais figurez-vous qu'à Saverne on en est fiers de ce système, et il paraîtrait même que certains tentent de le copier sans lui arriver à la cheville. La faute à un logiciel d'appariemment fort complexe que les organisateurs gardent jalousement.



La phase de poules

Au départ donc, 4 poules de 26. (Pour les relous qui font le calcul, oui ça fait 104 joueurs, donc il y avait 1 exempt à chaque ronde dans 2 des 4 poules. Contents ?). Le hasard fait bien les choses, et nous récompense des centaines de kilomètres parcourus en nous mettant presque tous dans la même poule. A ce rythme, autant faire le rapide du Canal... Bon OK j'arrête. Les Grozélos sont répartis dans chaque poule, donc pas de “poule de la mort”. Parmi les meilleurs joueurs, V. Riff, le régional de l’étape, Ph. Lerch, l’ancien prodige du club, et Bilel Bellahcene, le petit prodige français. Mais quand on est du Canal, on ne craint personne. D’ailleurs je parie qu’ils sont même pas shérifs alors...
Et là c’est parti. 25 rondes de poule en 2*20min, pratiquement sans pause (une micro-pause entre 6h30 et 7h du mat). Les parties s’enchaînent, paraissent de plus en plus longue... On joue beaucoup de joueurs plus faibles, mais pas beaucoup de parties pliées en deux temps trois mouvements. On savoure les gaffes des adversaires qui permettent d’aller voir les potes, d’aller aux gogues (spéciale kacedédi au captain), d’aller manger, ou de somnoler quelques minutes quand les yeux commencent à rougir. On perd, on lâche quelques nulles, on gagne surtout (forcément, on est tous dans les 2 à 5 ou 6 premiers de nos poules). Enfin Pilou lui il gagne tout court. Il gagne presque tout d’ailleurs. Alors qu’on s’escrime nous autre à faire le score le plus parfait possible, lui FAIT le score parfait. Il termine à “moins 2” à l’issue des poules. JB le talonne à -3,5 (de mémoire), et Clément, Vince et moi sommes pas trop loin derrière.
Alors certes, me direz-vous, notre jeu n’est pas très propre. Mais que voulez-vous, on fait c’qu’on peut ma p’tite dame.


Pierre-Louis, lui, sait qu’il perdra le débat de l’ouverture, alors il te met le boxon comme pas deux (j’en ai d’ailleurs fait les frais). Mais il s’en fout du débat théorique, il est là pour gagner lui. Pas que ça à foutre de savoir s’il vaut mieux jouer Tad1 ou Tfd1 au 17e coup dans le gambit dame refusé. Allez Cf3, b3 Fb2 et range ton bouquin on va jouer aux échecs mec. Et quand ça marche pas ? Une magouille, une grosse pression au temps, il finit toujours par s’en sortir. C’est un peu notre Bob Morane à nous, Pilou.
Clément, que je ne connais que depuis peu, semble un peu plus au point sur la théorie. Enfin la théorie... La théorie des sous-variantes quoi, hein. Accrocheur, magouilleur, il s’en sort bien en général sous ses airs de garçon rêveur. Par contre faut revoir les finales de T + pions hein Clément ;).
Vince, lui c’est notre monsieur d6. e4 ? d6. d4 ? d6. h5 ? d6. Si tu cherches un bouquin de Bauer, il est chez lui. Il a même un mug et des pantoufles à l’effigie de Bauer. Bref. Il a tellement l’habitude de serrer les fesses pendant ses parties qu’il pourrait briser des noix avec. Le style fonctionne, mais use, et Vince lâchera quelques points avec la fatigue de la nuit blanche.
JB... Tout un poême. On a moins vu ses parties parce qu’il n’était pas dans la poule “Canal”. Mais quand même. On l’a vu sauver de sacrées poubelles. Pour un mec qui se plaignait du dos en début de soirée, qui parlait du nez, n’avait plus de voix, et sachant qu’il ne pourrait pas placer de martenette (voir déf plus haut, faut suivre aussi) dans un tournoi officiel, on ne donnait pas cher de sa peau. Que nenni. De sacrifices positionnels foireux en ouvertures égalisantes avec les blancs, il finit toujours par vous mettre la pression. Emmitouflé dans son manteau tout le long du tournoi, “l’homme en noir” réalisera le 2e meilleur tournoi des canalistes présents.


Le Girondin, enfin. 2e de ma poule au départ, je dois terminer à la 5 ou 6e place. Trop de nulles lâchées. Cherchant le débat théorique, la réfutation de toute ouverture sortant des sentiers battus, j’ai perdu trop d’énergie dans des combats sans intérêts. Mais l’essentiel n’est pas là, non. Il est dans la réalisation du geste sportif de la soirée. Un jeu d’acteur digne des plus grands, et qui m’a valu une ovation du public. Enfin surtout du public canaliste, car personne n’a vu la subtilité de la manoeuvre. Autour de la 20e ronde, j’ai les blancs contre un adversaire largement à ma portée. Ouverture foireuse de sa part, je gagne rapidement un pion. Mal m’en a pris, le pion me coûte très cher et malgré les pièces blanches, je dois défendre comme un mort de faim, retranché dans mes 22 telles les îles Samoa réduites à 14 face aux All Black. Je tiens, tantôt par miracle, tantôt par chance, tantôt par génie (ouais c’est moi qui écris je mets ce que je veux d’abord). Par un tour de passe-passe que la décence m’interdit de mentionner, je me retrouve dans une position gagnante (pièce de plus) mais une poignée de secondes seulement pour finir la partie. Et LA, TOUT A COUP, l’éclair de génie. Sur un échec moisi, je m’arrête de jouer et rentre dans une intense réflexion. Alors, Rd3 ou Rd1 ? Les deux gagnent. En ligne. Mais j’ai plus de temps et... mon adversaire a oublié d’appuyer sur la pendule. M’armant de courage et de fair play, je réfléchis, réfléchis sur ce coup sans intérêt, regardant le plus discrètement possible le drapeau de mon adversaire se relever. Lorsqu’il s’en rend compte, il est trop tard. Il lui reste, comme à moi, une trentaine de seconde mais je joue plus vite, et il tombe le premier. Victoire. Pas fier, hein, mais that’s poker ;).

La phase en système suisse


A l’issue de la phase de poules, Pilou concentre tous nos espoirs de bons résultats, suivi par JB. La série ne s’arrête pas pour le natif de la ville, et notre nouvelle recrue se retrouve rapidement à la table 1 pour le duel fratricide. Brocol - Lerch, le duel Savernois, le choc des générations, l’enfant prodige face à l’enfant maudit. En un mot comme en cent, le combat du bien contre le mal, pour une lutte sans pitié vers la gloire de ce petit village alsacien. Lerch, malgré ses nombreux bons résultats, n’a jamais remporté le marathon de Saverne. Il est alors écoutez bien, à 27/27 lors de cette édition. Pierre-Louis sait qu’il a peu de chances de remporter le tournoi, mais espère bien remporter cette victoire pour l’honneur. La lutte est acharnée, et Pilou tient bon. Finale de pièces légères, pion de moins, mais l’activité pour lui. Les noirs défendent. Il ne reste presque plus de pièces mais suffisamment pour un dernier piège. Les blancs jouent f5 échec, Rf6, et Cd7 fourchette la tour en b8. 1-0. Victoire de Pilou ! Malheur au perdant. Tandis que Pierre-Louis finira comme il peut le tournoi, rencontrant beaucoup de forts joueurs, Lerch marquera 1 point sur 5 et échouera sur la 2e place du podium.
JB, lui, il sait ce que c’est de jouer des gros. Il les a pratiquement tous rencontrés. Il se souviendra de sa rencontre contre Riff. Une sicilienne “unleashed”, où les noirs ouvrent toutes les lignes à l’aile dame. JB croûte, croûte et recroûte, puis recule ses pièces en tentant de résister à la pression. Mais il faut toujours se méfier du Martenet blessé. Car quand le pousseur de bois joue Fb2 et Dc3 pour mater en g7, lui joue le plus subtil Fa3 et Db4 ! Dans un élan de prophylaxie, Riff joue le malheureux Fe8 ?? Et là, JB assène le terrible Df8 mat !!! Le mat de la journée, assurément.
Clément lui aussi joue les premiers rôles, même si je n’ai pas vu ses moments de gloire en direct. Vince marque le pas en cette fin de tournoi, et accorde des nulles au tout venant, façon grand maître roumain dans un tournoi de province lorsqu’il sait qu’il ne peut plus jouer pour les prix.
Quant à moi, après un tournoi correct mais sans plus, j’aurai au moins eu le plaisir d’accrocher deux futurs stars des échecs à mon palmarès, avec un joli sacrifice de pièce face à Haussernot et un quasi mat sur l’échiquier face à Bellahcene.

Conclusion

And to finish ? 3 canalistes primés, avec Pilou 4e, JB 8e, Clément 10e. Un tournoi éreintant mais fort sympathique, de belles rencontres et beaucoup de souvenirs.
Je ne parlerai pas du trajet du retour, j’ai dormi tout du long...

A la prochaine !

2 commentaires :

Stephane Laborde a dit…

Texte sympa ! ;)

Stephane Laborde a dit…

Texte sympa ! Amusant à lire, j'ai tout lu !