28/11/2012

N2: This is Spaaaarta !!


 
Mesdames, messieurs, c’est officiel : ce dimanche 25 novembre, une équipe est née. Mais pas n’importe quelle équipe. Une équipe de guerriers, de gladiateurs des temps modernes, de jedis des 64 cases. Ce dimanche, nous avons conquis notre plus belle victoire à ce jour en défaisant la redoutable équipe cristolienne.

Pour vous donner un avant-goût, regardez ce chiffre : 5. Alors ? Make a guess. Non ce n’est pas le nombre de points que j’ai marqué depuis le début de la saison (même si ça me flatte que vous ayez pu le penser, mais soyez raisonnables, nous n’avons encore joué que 4 rondes. Merci quand même). Non ce n’est pas le nombre de coups de théorie que connaît Pierre-Louis sur d4 (ça s’arrête à 1.Cf6 ou 1.d5). Ce n’est pas non plus le nombre de fois que Cap’taine Vince a checké l’itinéraire de chez lui à Créteil pour être sûr de ne pas se planter pour une fois (je suis sûr qu’il avait son GPS dans la poche au cas où on se paumerait sur le trajet de 1km en ligne droite depuis l’épisode-de-vous-savez-quand…). Non 5, c’est le nombre de podiums aux championnats de France qui étaient réunis dans la salle au début de la ronde. 4 pour nos adversaires (dont un titre de champion 2012 pour Fahim Mohammad), et un pour nous avec le retour en fanfare de Jackus Blitzus Cigarius.

Pour cette belle rencontre, un voyage initiatique fut nécessaire. Rendez-vous dans le métro, ligne 8 pour un périple qui allait s’étaler sur de nombreuses stations. Clémentus Tacticus Astrophysicus, les yeux pleins d’étoiles, nous avouait même qu’il vivait là sa plus belle épopée avec la RATP. Pour certains, comme le cap’taine Vincius Césarius D6cius (les amateurs de son style inimitable comprendront…), c’était l’occasion de découvrir une autre vision de la France, lui qui n’a jamais connu que le 12e arrondissement après son départ de sa Brie natale. Après moult arrêts, nous arrivons donc à Créteil. Le temps d’une ballade champêtre le long de la 4 voies, et nous voici au milieu des tours. La salle est agréable, et l’équipe est au complet. Enfin presque. Arrivé plus ou moins dans les temps à la station de métro de Créteil, Michaelus Maitrefidus Jailoupélbus, lui, a décidé de prendre le bus à la sortie du métro. Et puis après 30 min d’attente désespérée pour s’éviter 1km de marche il s’est dit que, quand même, ça serait trop bête de perdre sur tapis vert juste pour avoir le plaisir d’engueuler le chauffeur retardataire. Il faut dire qu’un sprint avant de commencer une partie, ça donne un bon coup de sang et ça impressionne l’adversaire.

Breeeeeef, la ronde démarre à l’heure, sans Michaelus qui est en train de courir sur la bande d’arrêt d’urgence en slalomant entre les voitures, mais avec la fine équipe au quasi-complet. Au 2e échiquier, Marcus Fourbus Gloutonus fait face à l’éleveur de champions cristoliens, Xavier Parmentier. Au 3, c’est Jackus qui s’y colle avec les noirs face au redoutable Dal Borgo. Au 4, Clémentus a la lourde tâche d’affronter Louis Pruvot, double podiumé des championnats de France jeunes. Albanus Canarius Bilbonus est au 5, face à un adversaire un peu plus fort. Alexandre le Grand est au 6, il rencontre un jeune adversaire de sa force. Vincius, au 7, a eu le tirage piège face au champion Fahim. Au 8, Marianna Vénus Annulatus, affronte également une podiumiste des derniers championnats de France Jeune.

Pour une fois, le match démarre bien. Et je dirais même plus, personne n’est mal, même si on s’inquiète pour Jackus qui se prend pour un toréador et agite le chiffon rouge devant le museau de son adversaire avec un développement plus qu’aléatoire (voire inexistant) et qui fait présager le pire. Rapidement, c’est notre gladiateur le plus féroce qui s’acharne sur son malheureux adversaire. Cela ne fait pas 2h que l’on joue, et déjà Alexandre le Grand (qui n’avait rien d’un gladiateur en son temps mais on n’est pas à une incohérence près) a sauvagement décapité tous les poneys adverses. Une pièce de plus, sans aucune compensation pour son adversaire, la messe est dite. Il sera gracié des deux pouces par le public (pas par SMS, hein, les jeunes). Toujours 100% pour Alexandre, tant d’aisance frise l’insolence.

Pour le reste, les parties sont compliquées et si on est plutôt bien, tout ça tarde à se décanter. Après 10 coups, Michaelus a largement refait son retard à la pendule et ça fait déjà 5 coups qu’on a fermé les derniers livres d’ouverture. Personne ne comprend vraiment sa position, mais il a l’air d’être confiant. Ça rassure. Ou pas d’ailleurs. Les plus grands talents sont toujours restés incompris, soi-disant… De mon côté, je réfléchis longtemps, frustré de n’avoir absolument rien tiré de l’ouverture. Et puis j’aime pas être en avance au temps, c’est tout. Je décide de ne rien faire, mais de le faire bien. J’ai une position solide, et si mon adversaire veut passer, il devra se découvrir à un moment ou à un autre. Pause football : « On a bien suivi les consignes du coaaaach, on est resté bieeeeeen groupés en défeiiinse, et on a procédé en coooontre. A partir de là, au jour d’aujourd’hui, fatalement, l’adversaire s’est projeté vers l’avant et à la première occasion on a plaaaanté un vieux but de raccroc. Mais l’essentiel c’est les 3 points, et c’est avant tout l’équipe et le travail du coaaaaach, aiiinsi que les supporters et le maire de Gazouillis-les-greluches qu’il faut saluer. ». Vous l’aurez compris, après 35 coups sans panache, je profite d’une boulette de mon adversaire pour piquer une pièce sèche. Comme un gros fourbe J. L’importaaaaaant, c’est les 3 points on vous a dit.

De son côté, Clémentus Tacticus Astrophysicus est en plein combat. De ceux dont un des deux guerriers ne se relèvera pas. Après avoir bafoué à peu près tous les principes de l’ouverture (je donne la paire de fous, je double mes pions, je les isole, je joue 2 fois toutes mes pièces, les baffes se perdent ma p’tite dame…), il est temps de faire un premier bilan. Et là, force est de constater que, malgré la difficulté que j’ai à admettre cette évidence, les blancs sont mieux. Ils contrôlent toutes les colonnes ouvertes ou semi-ouvertes, et les noirs n’ont encore rien développé. Signe qu’il y a un vrai problème, les noirs finissent par grand-roquer du côté cimetière, et là, tout à coup, dans un vacarme Wagnerien, comme un nuage de sauterelles de l’apocalypse now s’abat sur un champ de maïs transgénique, les blancs fondent sur l’aile dame dévastée. Assiégés par les poneys d’assaut de Clémentus, les noirs ne résisteront pas longtemps, et rendent les armes après un faites-vous la main 2 étoiles mais fort bien amené par notre guerrier. A peine 20 coups et un 3e point qui nous rapproche de plus en plus de la victoire.

A ma droite, ce bon vieux Jackus Blitzus n’était pas à la fête. Malgré une confortable avance à la pendule, sa position ne fait pas rêver mais tient. Mais ne fait pas vraiment rêver... Mais bon ça tient. Tant et si bien que son adversaire commence à perdre patience et le nord, et laisse les noirs trouver un contre-jeu miraculeux contre le grand-roque blanc. Attaquant minimaliste, esthète du réseau de mat à matériel réduit, Jackus parvient à semer le trouble avec un pion et une dame et annihile progressivement toute initiative blanche. Il finit même par devenir complètement gagnant, mais c’est alors que l’improbable se produit. Alors que son adversaire joue avec à peine plus que l’incrément, notre Jackus, shooté à l’adrénaline et sentant l’odeur du sang sur l’échiquier, prend les 32 minutes qui lui restent pour des secondes et se lance dans un blitz endiablé, oubliant de noter les coups, au grand désespoir de son adversaire qui ne comprend pas la panique de Jackus et s’époumone en tentant de lui rappeler de noter ses coups. Après un zeit not plus que tendu, la poussière retombe et l’heure est au comptage des points. Ça fait beaucoup trop en faveur de notre soldat, et l’adversaire capitule. Déjà 4-0 pour l’équipe !

A quelques pas de là, Vincius Césarius D6cius s’amuse. Il tricote. Il est venu me voir au début de la ronde en m’avouant, presque soulagé : « c’est bon Marcus, j’ai joué 1.d6, pfiouuuu je me sens mieux». Rassuré mais aussi perplexe face à une telle déclaration, j’observais alors l’évolution de cette partie étonnante, sorte de Trompovsky inversée où les blancs n’auront de cesse de défendre leur pion faible en d4. En bon capitaine et partenaire, Vincius sait que sa nulle nous assurera le gain du match, aussi ne prend-il aucun risque. Après un f5 ! mémorable, qui n’est pas sans rappeler le fameux « autobus devant les cages » du Chelsea de l’ère Mourinho, Vincius se met en position d’attente et observe son adversaire à travers les meurtrières, du haut de son +1.00 (dixit la bête). Ça sera dur de la perdre celle-là, et ce qui devait arriver arriva… Malgré les exhortations de son capitaine, Fahim n’a aucun moyen de percer la position noire, et se résigne à proposer la nulle. Vincius, qui se délecte encore de son léger avantage positionnel, hésite à se séparer de cette position prometteuse et accepte afin d’éviter la vindicte populaire. Le match est plié, 4-0 et il ne reste que 3 parties !

Au 5e échiquier, Albanus Canarius Bilbonus est d’humeur pacifique. Depuis le début de la ronde il danse le paso doble avec son partenaire, les chaînes de pions se collent, s’entrelacent, on aurait presque voulu les laisser tous les deux. « Eh oooh, ch’ai pas touchéééoooo ». Des contacts mais pas d’échange, vas-y que j’te mets la pression mais pas trop, tout en self-control. Albanus a les noirs, et face à un adversaire prudent, se satisfait de cet équilibre des forces. Après un h5 placé au bon moment dans la finale, toutes les portes sont fermées. No pasaran. Drapé dans son maillot nantais, Albanus reste une valeur sûre de ce début de saison, avec 2 nulles et une victoire au compteur.

Nous avions presque oublié Marianna Vénus Annulatus, qui a elle aussi mené un vrai combat. Après avoir tenté de ligoter les noirs, elle a commis quelques imprécisions qui l’ont conduite dans une finale inférieure. Mais nous en viendrions presque à croire qu’il s’agit là de sa spécialité. Elle qui nous avait fait vibrer jusqu’au bout du suspense lors de notre victoire décisive face au Grand Echiquier l’an dernier, qui nous a époustouflés de sa classe en finale de tours face à Issy, défend ici une finale très difficile avec le fameux couple D+F contre D+C, avec un pion de moins s’il vous plaît. Je ne sais pas trop comment cela se termine, mais sa détermination aura fini par payer. Et ça fait toujours 4-0…

Reste enfin notre colosse, Michaelus Maitrefidus Jailoupélbus, qui pendant toute la partie n’aura eu de cesse de nous montrer sa profonde compréhension du jeu. Dans une position peu claire après l’échange des dames, Michaelus a rapidement été confiant sur l’issue du combat. Le caractère très atypique de la position m’empêchait de juger qui était mieux ou pas, mais je serais curieux de connaître l’avis de la bête tant les déséquilibres étaient importants. Du pion blanc passé en d5 au cavalier blanc incrusté en c6, rien n’y fit. Les noirs procédèrent méthodiquement au pilonnage de l’aile roi avec leur majorité de pions et traversèrent le zeit not avec la plus grande dextérité, ce qui leur permit de concrétiser leur avantage en transposant dans une finale F+T contre F+T avec pion de plus. L’activité blanche nous laissait présager d’une longue bataille de cases entre les 2 joueurs, mais là encore, Michaelus avait vu plus loin. A peine 10 coups après le contrôle du temps et les blancs rendaient les armes, vaincus. Et de 5 !
A l’issue des courses, cela fait donc 5 victoires (dont un 4-0 aux 4 premiers échiquiers !) et 3 nulles, pour un score final de 5-0. Un match qui aurait dû être plus serré, mais chacun dans son rôle est parvenu à assurer. 3,5/4 avec les blancs, 3/4 avec les noirs. Propre. On félicitera au passage le coaching de l’empereur Vincius Césarius D6cius, qui avait pris soin d’apporter de nouveau Côté viande, la mascotte de l’équipe !


Avé !

 Marcus Fourbus Gloutonus

7 commentaires :

Jean VOIDEUX-CÉTOUX a dit…

On veut des photos avé les commentaires... et voir les gladatieurs les veines glonflées par l'effort ! N'oubliez pas votre patte de lapin.

Manouk Helveticus a dit…

Trop forts les gladiateurs.

Et toujours aussi drôle le reporter.

J'espère que moi aussi j'aurai droit à un surnom la prochaine fois que je joue :)

Marcus Fourbus Gloutonus a dit…

Aucun soucis Manoukus, ton style inimitable est une source inepuisable d'inspiration, j'attends ta prochaine partition avec impatience :)

Et désolé pr les photos, on y pense pas toujours !

Anonyme a dit…

J'attends toujours avec impatience les compte-rendus de nos matchs !
Il va falloir être fort pour trouver de nouvelles idées à toutes les rondes :)

Albanus Canarius Bilbonus

Anonyme a dit…

A quand le prix Goncourtus pour Marcus Fourbus ?
Alexandre le Grand, même pas Romain

martenet jean-baptiste a dit…

prochaine etape les cheveaux. poney poulain pegase bucephale sleipnir epona chollima...
signe : jabuse marredutonus!

martenet jean-baptiste a dit…

la prochaine fois on aura les chevaux : poulain poney sleipnir pegase bucephale chilloma...
signe: jabuse marredutonus!