07/05/2020

Charlie : "Je vends ma voiture"

 Je vends ma voiture...  

Je suis quitte, cela m'a coûté, la route sans doute...  


La gestation de neuf mois a laissé place à l'apparition d'un être redouté. Pédestre celui-ci, loin des arcanes sexistes et des vrombissements de moteurs...Un être fragile de quelques semaines... Son développement s'est initialement très bien passé, dans le délicieux ventre mou de sa vie, il s'est laissé porté naïf, flottant dans les turpitudes de son propre placenta, Il a baissé la grand voile et rencontré quasi immédiatement des conditions optimales que pas même un bébé marin n'oserait projeter à l'horizon d'une vie ...le miracle amoureux. 


Putain utérin ! Quel bol ! 

Petit zizi pré-natal bousté par une érection précoce aussi soudaine qu’inespérée ! Dans un éclair de lucidité  il s'est prémunie des travers passés, de ses propres démons, il a écarté d'un revers de main la grosse aiguille  invasive d'investigation qui cherchait à prélever le liquide de sa vie amniotique. Il a réussi à s'émanciper. Il a évité les malformations, les biais de croissances extra utérin , les asphyxies et autres traumatismes prénatales qui avaient maladroitement jalonnés sa précédente vie fœtale .Il a  jeté dans les poubelles du bloc obstétrical le cordon ombilical en prenant préalablement soin de le coupé correctement dessinant et caressant l'espoir de ne plus être nombriliste.  

Il est né le divine enfant, mais en plein baby blues...A la belle dépression post-natale de premier abord bénigne apparu entre le 3ème et 7ème mois, conséquence de l'accouchement rupturiste d'avec boucle d'or. Ma principale source de nourriture intellectuelle, j'avais beau me sentir sur la voie de la lactation, cajolé, la tête dans ses deux jolis petits seins depuis des mois. J'avais beau les susurrer, mordiller, peloter, avoir l'impression de vivre un allaitement riche et abondant, celle-ci ne me donnait en réalité à téter qu'un lait maternel pauvre et peu digeste. Il a fallu digérer et passer le pénible épisode des troubles gastriques dont les larmes et crises de pleurs m'aidaient à supporter les  violentes douleurs intestines qui suivaient. Je passe sur mes différentes  coliques diarrhée et les traces nauséabondes qu'elles laissèrent sur mon passage durant des semaines...  


Bien que mes premiers pas de bipède se soient déroulés sans encombres, allant et venant en boucle (*) dans un équilibre existentiel précaire Nice, Lyon, Paris, Viols le fort, Hendaye, Nice, Lyon, Paris etc...A présent, confronté à ma maladresse confondante, je me cogne dans les recoins d'une vie qui décidément  ne m'épargne pas. Une vie au forceps dont je vais devoir m'extirper, loin des tenailles et stigmates qui me restreignent, le travail de libération reste à faire, les enjeux gravidiques (en rapport avec la grossesse) actuels m'obligent à m'orienter vers de nouvelles relations affectives humaines. Il faut jouer, retrouver un « je », un  cheval de bataille en peluche... un doudou, je l'appellerai Haptonomie (interactions tactiles).  


Moi, bébé secoué, je vends ma voiture, la clito couleur bébé mort-né, je n'ai plus le permis, le rose s'est estompé, il ne me reste que la carte grise. J'ai un siège enfant sans ceinture de sécurité, sur le pare-brise arrière, j'ai apposé l'autocollant « Bébé à bâbord », moi de cette voiture je m'en extirpe, trop d'insécurité....  


Charlie.  


En boucle(*) en référence à boucle d'or...et l'équilibre existentiel précaire.