18/04/2020

cadeau : le demi dieu vous livre "sa bataille"


"Ma bataille" ou un locataire pas comme les autres.




J'ai terminé de récurer mon appartement de fond en comble, murs nettoyés au vinaigre d'alcool pour effacer les taches sournoises, plan de travail décrassé à l'éponge côté grattoir, sol lustré à la cire d'abeille et vitres lavées à la raclette... Sur le frigo, j'ai eu à peine le temps de coller à la hâte un échéancier de paiement de loyers comme demandé. On peut y lire un protocole de paiement complexe mais clair avec des versements tous les 15 du mois alimentés alternativement en liquide ou par virement automatique de manière différenciée sur le compte d'Irène ou le mien.



C'est qu'il m'a vendu son intégrité et son sérieux de manière très persuasive mon locataire. ...J'ai envie d'être à la hauteur de ses engagements et je me retrouve financièrement étroitement lié à lui eu égard à ma décision dispendieuse de migration sur Paris.

Nice le 29/07/2019





Je fus un peu surpris qu'il s'y reprenne à trois fois pour me régler le premier mois de loyer, récupérant le pécule in extremis la veille du roulage... Certainement un faux départ me disais-je naïvement...



Le deuxième mois ne fut pas payé dans sa totalité non sans provoquer chez moi une légère contrariété.

Le mois de décembre ressembla à une chasse aux trésors et après moult péripéties et faux indices, je récupérais l’entièreté du terme quelques heures à peine avant le basculement dans la nouvelle année. Tout vient à point à qui sait attendre, quelques liquidités pour réveillonner pensais-je…



Si la fin d'année avait été un peu chaotique, le début était clairement une marmelade cataclysmique! Par un beau matin de ma vie parisienne je reçus un coup de fil du syndic m'apprenant qu'une fête avec de graves débordements avait vraisemblablement eu lieu dans l'appartement... L'interlocuteur était désolé mais pas autant que moi. Les protagonistes sous l'emprise de drogues psychotropes s'étaient dans une forme de démence collective et dans un entre-soi jubilatoire, toutes énergies animales libérées. Ils s'étaient mis disais-je... à uriner par le balcon sur les balustrades et jardinières des étages du dessous, faisant fi toute la soirée durant des plaintes du voisinage, en les couvrant d'insultes. La fine équipe! Après une brève enquête, j'appris que mon locataire « ma bataille » avait malencontreusement laissé les clefs à son grand fils...Sympa comme un canard sous LSD, le fiston ! Je n’eus point d'autre récompense sur le mois à mon grand désarroi.



En février, suite à un coup de hache qui n'atteignit sa cible qu'avec le manche, « ma bataille » eut les côtes fêlées...C'est ballot, d'autant que cela retarda considérablement le traitement du solde mensuel. Février fut un mois particulièrement dense pour « ma bataille », il eut toutes les peines du monde à mobiliser des solutions pour le fermage mensuel. Son deuxième fils ayant été pris par la patrouille dans une rixe urbaine, condamné à de la prison ferme, « ma bataille » se retrouvait à devoir avancer les frais d'avocats... C'est ballot d'autant plus que mars arrivait à grand pas...



Ne comprenant pas pourquoi je n'avais aucune nouvelle de « ma bataille » au 15 du mois, Irène furibonde reprit le dossier avec fracas. Elle obtint immédiatement l'assurance d'un virement du montant du louage au lendemain. Évidemment il n'en fut rien. Un peu naïve, elle aussi, sur le coup. Il s’acquitta néanmoins (ne jetons pas la pierre) de la moitié du terme et en profita pour annoncer évidemment sans aucun préavis son intention de quitter l'appartement prétextant qu'il n'y arrivait plus !! Ma perle locative se rendait à l'évidence, mieux vaut tard que jamais me direz-vous. Il me reste le sentiment, que tous les mois du monde n'auraient pas suffit pour qu'il soit, ne serait-ce qu'une fois, à la hauteur de lui- même.



Peut importe, en avril ne te découvre pas d'un fil et reste confiné chez toi sans le lourd fardeau d'un loyer encombrant. Une exemption bienveillante. Si l'expérience locative ne joue pas en sa faveur, elle ne me dispense surtout pas d'exemplarité. 



« Ma bataille » (heureuse) ne connaît pas la culpabilisation, épargner sa conscience, c'est rester insouciant, léger, c'est maintenir aussi un système immunitaire solide.



 Et à l'aune des problèmes qui jalonnent  continuellement sa vie, mieux vaut avoir une bonne santé pour traverser la bataille sanitaire qui nous habite !



Pour la Santa Capelina, je récupérerai les clefs de mon logement, mon locataire partira sous d'autres cieux mener de nouvelles « grandes » batailles que je lui souhaite plus glorieuses.

Charlie Gacôgne. avril 2020